En avant vers le passé (1/2)
Voici en reprise un billet de Françoise posté en Décembre 2007 sur REPVBLICÆ, qui montre bien à quel point le régime actuel fait reculer la société de deux siècles.
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Le processus de la production capitaliste est dominé par le profit. Pour chaque capitaliste la production n’a de sens et de but que si elle lui permet d’empocher tous les ans un « bénéfice net », c’est-à-dire le profit qui subsiste après déduction des frais de renouvellement du capital.
— Rosa Luxemburg, in Critique des critiques.
Tout individu humain a droit à l’entière croissance. Il a donc le droit d’exiger de l’humanité tout ce qui peut seconder son effort. Il a le droit de travailler, de produire, de créer, sans qu’aucune catégorie d’hommes soumette son travail à une usure et à un joug.
— Jean Jaurès, in Le Socialisme et la Vie (1901).
Je souhaite une meilleure répartition des richesses pour qu’une plus juste part en soit donnée aux salariés. [...] Il faut que les entreprises se soucient des salaires de tous et pas seulement des stocks options de quelques-uns. Il faut que les entreprises qui font plus de profits distribuent aussi plus de salaires. [...]
Vous le savez, nous nous sommes également fixé un objectif ambitieux de réduction de la pauvreté d’un tiers sur la durée du quinquennat. Pendant trop longtemps, on a considéré la pauvreté comme un statut dans lequel les gens devaient vivre le moins mal possible. C’est inacceptable. Pour lutter contre l’exclusion et la pauvreté, je veux qu’on s’attaque enfin à leurs causes.
— Nicolas Sarkozy, rencontre avec les partenaires sociaux, le 19 décembre 2007.

© F.
On est tous volontaires pour travailler ! Travailler Tout le Temps !
C’est en 1813 que fut pour la première fois réglementé le travail. Quand la Révolution Industrielle commence à la fin XVIIIᵉ siècle en Angleterre puis s’étend à toute l’Europe, il n’y a pas de réglementation du travail.
On travaille alors en moyenne 70 heures par semaine, mais il n’est pas rare que l’on travaille 12 heures, voire 16 heures par jour, et cela six ou sept jours par semaine. La paye d’une personne ne suffit pas à faire vivre une famille, femmes et enfants doivent travailler aussi. Les ouvriers se sont petit à petit organisés. Les syndicats ont fait leur apparition. Il y eut des grèves, toujours durement réprimées. Finalement, non sans peine, le travail a été réglementé par la loi.
Voici les principales dates de la législation du travail en France, jusqu’en 1936 :
1813 : Décret interdisant le travail dans les mines des enfants âgés de moins de 10 ans.
1841 : La loi fixe à 8 ans l’âge d’admission des enfants dans les entreprises industrielles et interdit leur emploi à un travail de nuit ou dangereux. La journée de travail est limitée à 12 heures pour les enfants de 12 à 16 ans et à 8 heures pour les enfants de 8 à 12 ans.
1864 : Le droit de grève est reconnu.
1874 : Création de l’Inspection du travail. Limitation de la journée de travail des salariés à 12 heures et des enfants de 12 ans à 6 heures.
1884 : Reconnaissance de la « liberté d’association professionnelle » (c’est le droit de former un syndicat).
1892 : Limitation de la journée de travail à 11 heures pour les femmes et les enfants de 16 à 18 ans, à 10 heures pour les enfants de 13 à 16 ans. Interdiction du travail des enfants de moins de 13 ans.
1906 : Droit à un repos hebdomadaire.
1919 : La durée de la journée de travail est fixée à 8 heures, soit 48 heures par semaine.
1936 : Droit aux congés payés. La durée de travail hebdomadaire est limitée à 40 heures de travail effectif (38 heures et 40 minutes dans les mines).
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Il m’a semblé important de rappeler tout cela. En effet, pendant qu’on nous amuse avec les histoires de cœur¹ de Mʳ Sarkozy, pendant qu’il étale sans vergogne « luxe et volupté », le travail de démolition de nos acquis sociaux continue.
En Novembre 2007, Mᵐᵉ Parisot disait :
Le pouvoir d’achat est une résultante d’une croissance au niveau minimum. Donc, la vraie question n’est pas comment je contribue à ce qu’il y ait plus de pouvoir d’achat, mais comment je contribue à ce qu’il y ait plus de croissance. Pour moi, il y a deux axes principaux à travailler : comment on fait pour baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises, c’est prioritaire, et deuxième chose, n’est-il pas temps d’aller plus loin sur la question de la durée du travail ? Je me demande s’il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail.
Cela fait des années qu’on baisse les prélèvements sur les entreprises. On nous a dit d’abord que cela permettrait de réduire le chômage en facilitant les embauches. Maintenant on nous dit que c’est indispensable pour « faire de la croissance », et que la « croissance » donnera du pouvoir d’achat. Cela n’a pas de sens. Les seuls à profiter de la croissance sont les entrepreneurs. Pour que le pouvoir d’achat augmente il faudrait que ces mêmes entrepreneurs augmentent les salaires, pour faire baisser le chômage de façon substantielle et augmenter le pouvoir d’achat, il faudrait qu’ils embauchent des salariés à plein temps. Mais cela n’est pas dans les projets. Le Medef s’est prononcé contre l’augmentation du Smic et des retraites notamment, et a incité la dernière réforme des retraites qui va encore contribuer à l’appauvrissement général. La grande antienne de Mᵐᵉ Parisot c’est produire plus en travaillant plus. Mais en rétribuant moins le travail. Comment ne pas se rendre compte, le simple bon sens me semble-t-il y suffirait, qu’à la longue appauvrir la majorité des gens est « contre-productif » ? Produire quoi et pour qui ? Si l’on n’a pas les moyens d’acheter ? Les choses étant ce qu’elles sont, les priorités de la majorité des Français, ce n’est pas l’acquisition d’une xième voiture, d’une cinquième télévision, de trois manteaux de fourrure, etc. Les priorités c’est de pouvoir manger correctement, payer le loyer, le gaz, l’électricité, le fuel, l’essence, les soins et les médicaments, c’est finir le mois sans avoir de « trou dans le budget ».
Le vœu de Mᵐᵉ Parisot faisait hier réfléchir Mʳ Fillon : Dans une lettre aux syndicats et au patronat, François Fillon a précisé aujourd’hui son intention de parvenir « à un droit de la durée du travail plus adaptable ».
La nuit portant conseil, aujourd’hui Mʳ Fillon ne réfléchit plus, il envisage finalement la suppression de la durée légale du travail : Dans un courrier adressé, mercredi, aux organisations syndicales et patronales, François Fillon se demande « à quelles conditions de validité devrait être soumis un accord d’entreprise pour qu’il puisse librement déterminer les règles applicables en matière de durée du travail […] : seuil de déclenchement des heures supplémentaires, taux de majoration applicables […] ». Autrement dit : comment supprimer la durée légale du travail, seuil à partir duquel sont comptabilisées les heures supplémentaires — et leur majoration à 25% — en renvoyant sa détermination non plus à la loi, mais à la négociation d’entreprise. […] Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui voit dans cette proposition « la reprise quasi in extenso de la revendication du Medef », considère cette éventualité comme le début « d’une révolution du droit social en France ». Aucune raison, explique-t-il à Libération, de ne pas déroger ensuite, par accord d’entreprise, au Smic ou à d’autres règles applicables à tous du droit du travail, pour aboutir à « un dumping social généralisé, à une concurrence entre entreprises sur des critères sociaux ».
D’autres centrales syndicales font aussi remarquer que la fixation de la durée légale du travail à un niveau plus élevé que 35 heures serait également un bon moyen pour le gouvernement de faire des économies… en rognant sur une de ses propres lois votée en août et en grande pompe. En effet, les heures travaillées au-delà de la trente-cinquième heure ne seraient plus considérées comme des heures supplémentaires, elles ne bénéficieraient donc plus du régime de la loi TEPA [loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat] et des avantages qui y sont attachés : exonérations de cotisations sociales et défiscalisation.
Mais Mᵐᵉ Parisot nous l’assure : Supprimer la durée du travail, ce n’est certainement pas tomber dans je ne sais quelle forme d’esclavagisme.
Ouf ! Je suis rassurée ! Pas vous ?
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1. Note du 3 Novembre 2008. On ne nous amuse plus avec les histoires de cœur, on nous « amuse » avec des histoires de « poupée vaudou », et la gravité de la crise financière est prétexte à détourner notre attention des mauvais coups portés aux acquis sociaux.
N.B. Le 3 Novembre 2008, il faut remarquer que nos députés vont plus loin que Mme Parisot. Elle prônait la retraite à 62 ans, ils ont votés pour la repousser jusqu’à 70 ans. Pour les « volontaires »…

Et on faisait déjà dans la bienfaisance, charité chrétienne oblige… :
« Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour les enfants. Nous leur apprenons à chanter pendant le travail, à compter également en travaillant : cela les distrait et leur fait accepter avec courage ces douze heures de travail qui sont nécessaires pour leur procurer des moyens d’existence ».
— Déclaration de M. Scrive au Premier Congrès de bienfaisance, Bruxelles, 1857. Cité par Lafargue, Le droit à la paresse, p. 13, n. 1. [Source]
J’ai ajouté la source de ce texte, pour l’édification de nos lecteurs.
Gilles
Pierre M. Boriliens
4 novembre 2008 à 1:05
Lafargue ajoute un peu plus loin dans le passage cité :
Les matérialistes regretteront toujours qu’il n’y ait pas un enfer pour y clouer ces chrétiens, ces philanthropes, bourreaux de l’enfance !
Je ne suis pas d’accord avec Lafargue en ce qui concerne l’enfer, c’est en ce monde, ici et maintenant, qu’il faudrait sinon les punir, ou du moins les empêcher de voler la vie des gens. La Terre est suffisamment riche, tous ses habitants pourraient bien manger, et la technologie pourraient servir à tous, mais il y a quelque chose dans notre cerveau qui pousse encore et toujours à la domination des autres humains, quel que soit le régime politique, d’ailleurs.
Gilles
4 novembre 2008 à 2:37
Pierre M.,
Travailler plus pour gagner plus… Ne nous l’a-t-on pas assez répété depuis Mai 2007. La réalité actuelle c’est : Travaillez plus, gagnez moins pour enrichir les plus riches.
Mᵐᵉ Lagarde, dans son discours prononcé à l’Assemblée nationale, le mardi 10 juillet 2007, pour présenter le projet de Loi en faveur du Travail, de l’Emploi et du Pouvoir d’Achat (loi TEPA) disait :
Reconsidérer le travail, c’est rompre avec une tradition de mépris qui trouve sa source dans l’Ancien Régime, quand les nobles avaient défense de s’adonner au commerce. La Révolution Française n’a pas mis fin à cette attitude. On la retrouve au XIXᵉ siècle chez de nombreux auteurs : Paul Lafargue, dans son livre “Le droit à la paresse”, recommande à l’homme de ne travailler que trois heures par jour, et de passer le reste du temps à « fainéanter et bombancer ».
C’est pour le moins une curieuse manière de lire l’Histoire et Paul Lafargue…
Françoise
4 novembre 2008 à 9:19
Si l’on continue dans la voie du cynisme, le seul moyen d’y mettre fin sera bientôt… le flingue !
Pendant que les USA commencent à se poser des questions, eh bien notre clique au pouvoir, qui cependant les admire, a pris le chemin inverse, celui de la reculade.
Depuis qu’il trône dans les Palais de la République, notre Sarko semble avoir oublié Marianne. Quant à la France, qu’il aimait comme une personne, paraît-il, il la transforme peu à peu en souillon.
Michel Cornillon
4 novembre 2008 à 16:10
J’espère qu’il ne faudra pas en arriver à des actions violentes. Une guerre civile (parce que c’est ce qui arriverait avec “le flingue”) ça n’est vraiment pas à souhaiter. Mais si l’ensemble des citoyens se bougeaient vraiment, au lieu de rester tétanisés.
Je lisais qu’en Italie deux million d’Italiens sont descendu dans les rues pour protester contre la réforme de l’enseignement qu’on veut leur imposer (réforme qui ressemble curieusement à la notre…). Si déjà deux millions de Français descendaient protester pacifiquement dans les rues, cela ferait bouger les choses, non ?
Je ne pense pas que Mr Sarkozy connaisse et aime la France.
Françoise
4 novembre 2008 à 17:18
Ressortir ce billet est une bonne idée, par-delà sa qualité intrinsèque évidente : il montre bien combien c’est un véritable travail de sape, sur la longueur et de longue date, qui est mené contre le modèle social français.
(H.S. Pour rigoler, j’ai voulu ressortir mon commentaire de l’époque et je n’ai pu accéder à REPVBLICÆ. Je trouve dommage que l’accès en soit fermé : même si de nouveaux billets n’y sont plus postés, les archives devraient rester accessibles, non ?)
Le Charançon Libéré
4 novembre 2008 à 19:26
En effet, il est vraiment indispensable de faire un rappel sur les principales dates de la législation du travail en France…..pour que certains se rendent compte enfin que tout n’est pas tombé du ciel !
La référence à Lafargue “Le droit à la paresse” me donne envie de relire cet ouvrage.
Gédé
4 novembre 2008 à 19:54
Charançon,
J’aurais préféré n’avoir jamais écrit ce billet. Malheureusement, loin de s’améliorer, la situation empire. Travail de sape contre le modèle social, contre la démocratie, contre les libertés individuelle et collectives, etc.
(Je te fais la même réponse qu’à Toto : nous faisons le “ménage” dans REPVBLICÆ. Quand ce sera fini nous ferons une partie “Archives de REPVBLICÆ dans les Carnets).
Françoise
4 novembre 2008 à 20:22
Gédé,
Ces luttes pour l’amélioration des conditions de travail ont été longues et meurtrières (des femmes des hommes et même des enfants sont morts lors de grèves ou de manifestations), et que l’on voit qu’en quelques années tout est balayé… Oui, c’est utile de le rappeler.
Françoise
4 novembre 2008 à 20:25
Nous avons un moyen encore plus puissant : le vote. Mais bien sûr il faut réfléchir avant d’élire des représentants sur la foi de leurs belles paroles, et aussi éviter d’écouter ceux qui nous disent ce que nous voulons entendre. La démocratie est une responsabilité, et les électeurs devraient être bien conscients de l’importance fondamentale de leur rôle.
Comme me faisait remarquer Françoise, beaucoup de dégâts peuvent être faits d’ici 2012 ; c’est pourquoi les citoyens pourraient exiger la mise en place d’un mécanisme comme la révocation de leurs députés, par exemple.
Gilles
4 novembre 2008 à 23:25
Cilles,
Tu parles d’or. Mais concrètement nous ne pouvons “exiger” de nos députés quoi que ce soit, ils ne font que ce qu’ils veulent ou ce qu’on leur ordonne de faire. Nous ne pouvons voter que pour ceux qui se présentent, et ils sont tous “faits sur le même modèle”.
Françoise
4 novembre 2008 à 23:32
Françoise,
En effet, nous ne pouvons élire que des candidats qui sont préalablement agréés par les partis et donc qui présentent toutes garanties de conformisme idéologique ; c’est pourquoi De Gaulle était contre les partis tel qu’ils fonctionnent actuellement, je pense.
Gilles
4 novembre 2008 à 23:35